Une décision de divorce rendue par un tribunal turc suffit à elle seule sur le territoire de la Turquie. Elle est inscrite au registre de l’état civil, la personne retrouve le statut de célibataire et aucun document supplémentaire n’est exigé. Toutefois, lorsque cette même décision doit être utilisée à l’étranger, la situation change. L’agent de l’État destinataire ne peut pas savoir si le document qui lui est présenté a réellement été établi par un tribunal turc ; on ne peut pas davantage attendre de lui qu’il connaisse les sceaux des juridictions turques ou les spécimens de signature des juges.
Le mécanisme destiné à combler cette lacune de confiance est l’apostille. Même si elle paraît n’être qu’un petit cachet apposé sur un document, la détermination du document concerné, de l’ordre des formalités, de l’autorité compétente et de l’acceptation effective par l’État destinataire relève d’une chaîne technique distincte. Lorsqu’un seul maillon de cette chaîne est incorrect, le document est retourné, la procédure peut être prolongée de plusieurs semaines et il faut parfois tout recommencer depuis le début.
Nous examinons ci-dessous la procédure permettant de rendre utilisable à l’étranger une décision de divorce rendue en Turquie, en exposant ses fondements juridiques ainsi que les difficultés rencontrées en pratique. Afin de rendre l’exposé plus concret, nous avons également utilisé, à certains endroits, des exemples tirés de la pratique réelle des dossiers.
Sommaire
- Que certifie l’apostille et que ne certifie-t-elle pas ?
- Première question : dans quel pays le document sera-t-il utilisé ?
- Le cadre juridique applicable en Turquie
- Sur quelle copie l’apostille doit-elle être apposée ?
- Une décision non définitive ne peut pas recevoir d’apostille
- Autorité compétente : palais de justice ou sous-préfecture ?
- Comment se déroule concrètement la procédure d’apostille au palais de justice ?
- e-Apostille : décision judiciaire via e-Devlet
- Le risque méconnu de l’apostille électronique
- Ordre des formalités : apostille d’abord ou traduction d’abord ?
- Pourquoi l’apostille de la traduction est-elle délivrée par une autre autorité ?
- Quelle autorité demandera le document ?
- L’apostille ne signifie pas « reconnaissance »
- Orthographe du nom : la cause de refus la plus discrète
- Registre de l’état civil et documents complémentaires
- Si le document doit être utilisé dans plusieurs pays
- Les erreurs les plus fréquentes en pratique
- Pourquoi cette procédure devrait-elle être suivie avec un avocat ?
- Questions fréquentes
Que certifie l’apostille et que ne certifie-t-elle pas ?
L’apostille ne certifie pas l’exactitude du contenu d’un document. Il est utile de le préciser dès le départ, car c’est l’erreur la plus fréquente. L’apostille ne confirme que trois éléments : l’authenticité de la signature figurant sur le document, la qualité en laquelle le signataire a agi et, le cas échéant, l’authenticité du sceau ou du timbre apposé sur le document.
Ainsi, l’agent étranger pourra, en examinant le document, constater qu’il a effectivement été établi par un tribunal turc. En revanche, déterminer si les personnes concernées sont juridiquement divorcées et si ce divorce produit des effets dans son pays relève d’une tout autre appréciation juridique. Lorsque cette distinction n’est pas comprise, des difficultés importantes peuvent apparaître par la suite.
La forme de l’apostille n’est pas libre non plus. Selon la Convention, elle doit être de forme carrée, avec des côtés d’au moins neuf centimètres, et être apposée soit directement sur le document, soit sur une feuille séparée qui y est attachée ; lorsqu’une feuille séparée est utilisée, les deux documents doivent être réunis et le sceau de l’autorité doit être apposé à l’endroit de leur jonction. Le titre doit obligatoirement être rédigé en français : Apostille (Convention de La Haye du 5 octobre 1961). Cela peut sembler être un détail insignifiant ; pourtant, une certification dont le titre n’est pas rédigé en français ne constitue techniquement pas une apostille conforme à la Convention.
Première question : dans quel pays le document sera-t-il utilisé ?
L’ensemble de la procédure dépend de cette réponse. Si le pays destinataire est partie à la Convention de La Haye de 1961, l’apostille suffit et aucune légalisation supplémentaire par la représentation de ce pays en Turquie n’est nécessaire. S’il n’est pas partie à la Convention, la chaîne classique de légalisation s’applique : le document est d’abord certifié en Turquie par l’autorité compétente, puis légalisé par le consulat du pays concerné.
Le problème est que la liste des États parties n’est pas figée. De nouveaux États adhèrent, les dates d’entrée en vigueur diffèrent et les contenus en langue turque disponibles sur Internet continuent parfois de reproduire pendant des années des listes devenues obsolètes. Le Canada en est l’exemple le plus frappant. Longtemps resté en dehors de la Convention et constituant l’un des rares États du G7 dans cette situation, le Canada a déposé son instrument d’adhésion en 2023 et la Convention est entrée en vigueur à son égard le 11 janvier 2024. Aujourd’hui, un document destiné à être utilisé au Canada et provenant de Turquie n’a plus besoin d’une légalisation consulaire ; les sources affirmant encore le contraire datent d’avant 2024.
La même évolution produit également ses effets dans l’autre sens. Lorsqu’une décision rendue au Canada doit être utilisée en Turquie, ce n’est désormais plus la légalisation du consulat turc qui est requise, mais une apostille délivrée par Affaires mondiales Canada ou par l’autorité provinciale compétente. L’Ontario, le Québec, l’Alberta, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan ont désigné leurs propres autorités compétentes en matière d’apostille ; dans les autres provinces et territoires, la procédure est assurée au niveau fédéral.
La règle pratique qui en découle est claire : avant d’entamer la procédure, il convient de vérifier le statut actuel du pays destinataire auprès de la source officielle de la Conférence de La Haye ou du ministère des Affaires étrangères. Prendre inutilement un rendez-vous consulaire sur la base d’une liste obsolète ou, à l’inverse, omettre une légalisation nécessaire peut être tout aussi coûteux.
Le cadre juridique applicable en Turquie
La Turquie a adhéré à la « Convention de La Haye du 5 octobre 1961 supprimant l’exigence de la légalisation des actes publics étrangers » par la décision du Conseil des ministres n° 84/8373. Le texte a été publié au Journal officiel n° 18517 du 16.09.1984 et est entré en vigueur pour la Turquie le 29.09.1985. Le texte intégral de la Convention peut être consulté dans la publication officielle de la Direction générale de la population et de la citoyenneté.
L’article 6 de la Convention prévoit que chaque État désigne lui-même les autorités compétentes pour délivrer l’apostille. La Turquie a effectué cette notification lors de l’échange des instruments de ratification : les gouvernorats sont compétents pour les documents administratifs et, pour les documents judiciaires, les présidences des commissions de justice des tribunaux judiciaires de première instance situés dans les centres où existe une cour d’assises. Le ministère de la Justice a précisé la pratique par voie de circulaire ; la circulaire n° 68 du 01.01.2006 a ensuite été mise à jour puis abrogée.
L’article 1 de la Convention définit également les documents considérés comme des « actes publics ». Les décisions judiciaires figurent en premier lieu : il s’agit des documents émanant d’une autorité ou d’un fonctionnaire relevant d’une juridiction de l’État. Le jugement de divorce entre exactement dans cette catégorie. Les actes notariés et les documents administratifs sont mentionnés dans des catégories distinctes ; comme nous le verrons, cette distinction devient essentielle au stade de la traduction.
Sur quelle copie l’apostille doit-elle être apposée ?
En pratique, quatre types de documents circulent et c’est très souvent le mauvais qui est présenté :
1. Décision succincte / procès-verbal d’audience. Ce document ne peut pas être utilisé pour l’apostille. Une copie du procès-verbal obtenue avant la rédaction de la décision motivée est inutile à cette fin.
2. Copie certifiée conforme de la décision motivée portant la mention de son caractère définitif. C’est le document requis. Il comporte le sceau du tribunal, la signature du directeur du greffe et une mention indiquant que « la présente décision est devenue définitive le … ».
3. Impression UYAP. Même si l’impression signée électroniquement comporte un QR code de vérification, les commissions de justice exigent en principe, pour une apostille physique, une copie scellée délivrée par le greffe. En l’absence de signature manuscrite et de sceau, il n’existe pas de signature matérielle à authentifier par l’apostille.
4. Extrait du registre de l’état civil. Il s’agit d’un document administratif ; son apostille est délivrée par la sous-préfecture ou le gouvernorat. Pour prouver le divorce, il est souvent plus pratique que la décision elle-même, mais il ne se substitue pas au jugement.
Autre détail : si la décision et la mention de son caractère définitif figurent sur des feuilles séparées, les deux doivent être authentifiées. Certaines commissions acceptent un dossier agrafé et scellé avec une seule apostille, tandis que d’autres exigent une apostille distincte pour chaque document. Il est préférable de se renseigner à l’avance sur la pratique du palais de justice concerné plutôt que de devoir attendre une seconde fois.
Une décision non définitive ne peut pas recevoir d’apostille
Les décisions relevant du droit de la famille ne peuvent être exécutées avant d’être devenues définitives. Par conséquent, tant qu’une décision de divorce n’est pas définitive, elle n’est ni inscrite à l’état civil ni susceptible d’être utilisée comme document destiné à l’étranger. Dans les divorces par consentement mutuel, si les parties renoncent aux voies de recours lors de l’audience, la décision devient rapidement définitive ; à défaut de renonciation, il faut attendre la notification de la décision motivée, l’expiration du délai d’appel, puis l’apposition de la mention de caractère définitif.
La date à laquelle la décision devient définitive n’est pas un simple détail bureaucratique. L’article 26 de la loi n° 5490 sur les services de l’état civil prévoit que le délai d’attente applicable à la femme produit ses effets à compter de la date à laquelle la décision devient définitive. Si l’une des parties envisage de se remarier à l’étranger, cette date pourra ultérieurement devenir une question importante au regard du droit turc.
L’article 55 de la même loi impose aux greffes des tribunaux de notifier la décision au service local de l’état civil dans les dix jours suivant la date à laquelle elle est devenue définitive ou a été établie. En pratique, cette notification peut parfois être retardée et la personne continue alors d’apparaître comme mariée pendant un certain temps. Les documents délivrés durant cette période peuvent ensuite créer des contradictions. Pour le fondement légal, il est possible de consulter le texte intégral de la loi n° 5490.
Autorité compétente : palais de justice ou sous-préfecture ?
La réponse dépend de la nature judiciaire ou administrative du document. Une décision de justice est un document judiciaire ; son apostille est délivrée par la présidence de la commission de justice du tribunal judiciaire de première instance du centre où existe une cour d’assises. Un jugement de divorce présenté à la sous-préfecture sera refusé.
En revanche, une traduction certifiée par un notaire est traitée comme un document administratif en raison de sa nature d’acte notarié, et son apostille est délivrée par le gouvernorat ou la sous-préfecture. Ainsi, un même dossier peut nécessiter de se rendre auprès de deux autorités différentes. C’est l’un des points qui font perdre le plus de temps : une personne pensant pouvoir achever toute la procédure au même endroit se retrouve à devoir effectuer deux démarches distinctes.
Aucun droit n’est perçu pour l’apostille elle-même ; en pratique, les frais concernent principalement les copies, la traduction et les actes notariés. Un avocat muni d’une procuration peut déposer la demande au nom de son client. Les informations générales du ministère des Affaires étrangères concernant les procédures de légalisation figurent dans ce document.
Comment se déroule concrètement la procédure d’apostille au palais de justice ?
Dans les textes juridiques, l’apostille est décrite comme l’« apposition d’une mention sur le document par l’autorité compétente ». Cette définition n’explique toutefois pas le déroulement concret de la procédure au sein du palais de justice. En pratique, il ne s’agit pas d’un simple cachet obtenu au guichet le jour même, mais d’une procédure de vérification reposant sur une correspondance entre deux services. Elle se déroule comme suit :
1. Une demande est présentée au greffe du tribunal ayant rendu la décision. Il faut demander une copie de la décision motivée de divorce portant la mention de son caractère définitif, une signature manuscrite et le sceau du tribunal. Une impression UYAP ou une photocopie n’est pas suffisante à ce stade ; les étapes ultérieures de la procédure reposent précisément sur la vérification de cette signature manuscrite et de ce sceau.
2. Le document est présenté à la présidence de la commission de justice du tribunal judiciaire de première instance. La demande est déposée auprès de cette autorité. La commission n’appose pas l’apostille immédiatement à la réception du document.
3. La présidence de la commission adresse un courrier officiel au tribunal ayant rendu la décision. La question posée est précise : la signature manuscrite figurant sur la décision motivée appartient-elle réellement au juge de ce tribunal et le sceau apposé est-il bien celui de cette juridiction ?
4. Le tribunal transmet à la présidence de la commission une réponse officielle confirmant l’authenticité de la signature et du sceau. Les deux étapes de cette correspondance sont effectuées dans le cadre des registres officiels.
5. Sur la base de cette confirmation, la présidence de la commission établit un document d’apostille distinct pour la décision motivée. Ainsi, l’apostille n’est souvent pas un simple cachet apposé directement sur la décision, mais un document distinct annexé à celle-ci. La Convention autorise également l’établissement de l’apostille sur une feuille séparée ; dans ce cas, les deux documents sont réunis et le sceau de l’autorité est apposé à leur jonction.
Ce fonctionnement entraîne deux conséquences pratiques. Premièrement, il illustre concrètement ce que l’apostille certifie : la commission ne vérifie pas le contenu de la décision, mais demande au tribunal de confirmer l’authenticité de la signature et du sceau. L’explication théorique donnée au début de cet article trouve ainsi son application concrète au palais de justice.
Deuxièmement, et c’est souvent l’aspect le plus contraignant en pratique, se pose la question du délai. Comme la procédure comporte deux échanges officiels, elle peut, dans son déroulement normal, durer plus d’une semaine. La charge de travail du tribunal, l’absence du juge ou l’attente du courrier au stade de son attribution peuvent encore prolonger ce délai. Les personnes qui achètent un billet d’avion ou donnent une échéance à une autorité étrangère en pensant pouvoir déposer la demande le matin et récupérer le document à midi rencontrent précisément les plus grandes difficultés à ce stade.
Pourquoi est-il recommandé de suivre la procédure par procuration ?
La partie de la procédure qui prend du temps est la correspondance, laquelle suit son propre rythme lorsqu’elle n’est pas activement suivie. Un avocat muni d’une procuration peut déposer la demande au nom de son client, vérifier auprès du greffe l’état d’avancement du courrier et, dès réception de la réponse, suivre sans délai l’établissement de l’apostille. Pour les documents devant être envoyés rapidement à l’étranger, le suivi par un mandataire peut souvent faire gagner plusieurs semaines. Pour les personnes résidant à l’étranger, il s’agit en pratique du moyen le plus simple d’achever la procédure sans venir en Turquie.
e-Apostille : décision judiciaire via e-Devlet
Le ministère de la Justice a mis en service l’e-Apostille en 2019. Grâce à ce système, les documents relatifs au casier judiciaire et aux décisions de justice peuvent être obtenus électroniquement avec apostille ; la demande est effectuée via e-Devlet et l’authenticité du document peut être vérifiée en ligne. Le communiqué du ministère souligne qu’avant la mise en place de ce système, les personnes vivant à l’étranger devaient venir en Turquie et déposer physiquement leur demande auprès des commissions de justice pour que leurs documents puissent être acceptés. Le communiqué complet est disponible sur la page du Service de presse du ministère de la Justice.
Le principal avantage de cette voie est qu’elle évite la circulation des courriers décrite ci-dessus : la vérification de la signature et du sceau étant effectuée dans le système, il n’est pas nécessaire d’attendre la correspondance officielle entre le tribunal et la commission. Elle facilite également les dossiers dans lesquels l’un des anciens époux réside à l’étranger. Deux points nécessitent toutefois une attention particulière.
Premièrement, le système récupère la décision depuis UYAP. Si la mention du caractère définitif n’a pas été enregistrée par le greffe, le document n’apparaît pas dans la liste. La quasi-totalité des réclamations selon lesquelles le document « n’apparaît pas dans le système » provient de cette situation.
Deuxièmement, le système fonctionne sur la base du numéro d’identité turc. Si la partie étrangère ne dispose pas d’un numéro d’identité en Turquie, elle ne peut pas déposer elle-même la demande ; le document doit alors être obtenu et envoyé par la partie de nationalité turque. Il convient également de répondre à une question fréquente : l’apostille concerne le document, et non l’identité du demandeur. Une copie apostillée obtenue par l’une des parties peut être utilisée telle quelle à l’étranger par l’autre partie.
Le risque méconnu de l’apostille électronique
La Convention de La Haye ayant été rédigée en 1961, elle ne réglemente pas expressément l’apostille électronique ; cette question est laissée au droit interne des États parties. Le modèle recommandé dans le cadre de la Conférence de La Haye consiste en une apostille électronique apposée sur un document électronique. En pratique, des méthodes hybrides sont toutefois également utilisées, telles qu’une apostille électronique associée à un document papier ou une apostille physique apposée sur un document électronique, ce qui peut entraîner un risque de non-acceptation par l’État destinataire.
La conséquence pratique est la suivante : lorsqu’un agent à l’étranger reçoit un PDF portant une apostille électronique, il peut le refuser s’il n’est pas habitué à vérifier les QR codes ou si les règles internes de son institution exigent un document portant une signature manuscrite. Les notaires en Turquie demandent également souvent un document physique pour certifier une traduction. C’est pourquoi, dans les dossiers importants, les deux versions sont généralement préparées : la copie électronique avec e-Apostille pour gagner du temps et la copie physique signée à la main obtenue auprès de la commission de justice à titre de sécurité. Le coût supplémentaire est presque inexistant, tandis que le gain de temps peut se compter en semaines.
Ordre des formalités : apostille d’abord ou traduction d’abord ?
Une procédure d’apostille effectuée dans le mauvais ordre peut obliger à recommencer l’ensemble des formalités. L’ordre correct est le suivant :
Étape 1. Obtenir auprès du greffe une copie certifiée portant la mention du caractère définitif.
Étape 2. Faire apposer l’apostille sur l’original turc par la commission de justice.
Étape 3. La décision et l’apostille qui y est apposée, ensemble, sont traduites par un traducteur assermenté.
Étape 4. Faire certifier la traduction par un notaire.
Étape 5. Si nécessaire, obtenir une seconde apostille auprès de la sous-préfecture ou du gouvernorat pour la traduction certifiée par le notaire.
Si l’ordre est inversé, c’est-à-dire si la traduction est réalisée avant l’apposition de l’apostille sur la décision, on obtient un dossier dans lequel l’apostille elle-même n’a pas été traduite. L’agent du pays destinataire ne parlant pas turc ne peut alors comprendre la nature de la certification ; le seul élément attestant la légalisation du document est un cachet qu’il ne peut pas lire. Ces dossiers sont fréquemment retournés.
Pourquoi l’apostille de la traduction est-elle délivrée par une autre autorité ?
Une fois le principe compris, il est facile à retenir. L’apostille authentifie la dernière signature figurant sur le document. La dernière signature figurant sur la décision appartient au juge ou au directeur du greffe ; l’autorité compétente est donc l’autorité judiciaire. Sur une traduction certifiée par notaire, la dernière signature est celle du notaire et l’acte notarié relève, dans le système de la Convention, non pas de la catégorie des documents judiciaires mais de celle des actes notariés ou déclarations officielles. C’est pourquoi la seconde apostille est délivrée par le gouvernorat ou la sous-préfecture.
Une seconde apostille n’est pas nécessaire dans tous les dossiers. Certaines autorités étrangères ne souhaitent pas recevoir une traduction notariale réalisée en Turquie et exigent que la traduction soit effectuée dans leur propre pays. Connaître cette distinction à l’avance permet d’éviter des dépenses et des pertes de temps inutiles.
Quelle autorité demandera le document ?
L’autorité auprès de laquelle le document sera présenté détermine l’ensemble de la procédure. Pour une même décision de divorce, l’administration de l’immigration, un tribunal et un service d’état civil peuvent exiger des documents ou formalités différents. Les règles de traduction sont particulièrement strictes dans les procédures d’immigration.
Dans l’exemple de l’administration canadienne de l’immigration (IRCC), la règle fonctionne ainsi : tout document qui n’est ni en anglais ni en français doit être accompagné d’une traduction, laquelle doit être intégrale et fidèle ; les traductions résumées ou simplifiées ne sont pas acceptées. La traduction doit être effectuée soit par un traducteur agréé par un ordre ou une association professionnelle au Canada, soit, lorsqu’aucun traducteur agréé n’est disponible, par une personne qui fournit une déclaration sous serment (affidavit) devant un notaire. Les traductions réalisées par le demandeur lui-même, par un membre de sa famille ou par son représentant ne sont pas acceptées, même si cette personne est par ailleurs traducteur assermenté.
Un exemple tiré de la pratique
Dans un dossier de divorce par consentement mutuel impliquant un conjoint étranger, la décision était devenue définitive en Turquie tandis que l’ex-conjoint résidait au Canada et souhaitait utiliser le document dans le cadre d’une demande d’immigration. Faire établir en Turquie une traduction anglaise certifiée par notaire et l’envoyer au Canada aurait probablement constitué une dépense inutile en raison des exigences de l’IRCC concernant le traducteur.
La méthode suivie a été la suivante : l’original turc apostillé a été envoyé depuis la Turquie et la traduction a été confiée à un traducteur agréé au Canada. Si le document avait dû être présenté à un tribunal provincial ou à un service d’état civil, une traduction certifiée par notaire en Turquie aurait souvent été suffisante. Toute la différence tient à une seule question posée avant de commencer la procédure : « À quelle autorité précise allez-vous remettre ce document ? »
Le choix de la langue varie également selon l’autorité concernée. Si le document doit être utilisé au Québec, une traduction française réalisée par un traducteur membre de l’OTTIAQ peut être exigée ; en Ontario et dans les provinces de l’Ouest, les membres de l’ATIO ou d’organisations similaires peuvent être requis. La même logique vaut dans d’autres pays : en Allemagne, il peut être exigé de recourir à un traducteur assermenté auprès des tribunaux ; au Royaume-Uni, une déclaration de certified translation peut être requise.
L’apostille ne signifie pas « reconnaissance »
Cette distinction est fréquemment méconnue. L’apostille légalise le document ; elle ne détermine pas si la décision produira des effets juridiques dans l’État destinataire.
On peut comprendre cette distinction par analogie avec notre propre droit. Une décision de divorce rendue par un tribunal étranger ne produit pas automatiquement d’effets en Turquie, même si elle porte une apostille ; une procédure de reconnaissance ou d’exequatur est nécessaire conformément à l’article 50 et suivants de la loi turque sur le droit international privé et la procédure internationale (MÖHUK), ou bien il convient de recourir à la procédure d’enregistrement administratif prévue à l’article 27/A de la loi n° 5490. L’apostille constitue une condition préalable à ces procédures, mais ne s’y substitue pas. Pour plus de détails, vous pouvez consulter notre article relatif à l’exécution en Turquie des décisions rendues par des juridictions étrangères bakabilirsiniz.
La même logique s’applique dans l’autre sens. Lorsqu’une décision d’un tribunal turc doit servir de fondement à une démarche juridique dans un pays étranger, les règles de ce pays concernant les décisions étrangères doivent être examinées séparément. Un document apostillé peut suffire pour une simple déclaration d’état civil, tandis que l’exécution à l’étranger d’une obligation alimentaire ou d’une disposition relative au régime matrimonial relève d’une procédure entièrement différente.
Orthographe du nom : la cause de refus la plus discrète
Le nom de la partie étrangère est souvent orthographié dans la décision du tribunal turc d’une manière différente de celle figurant en caractères latins sur son passeport. Lors de la translittération depuis l’alphabet cyrillique ou arabe, une lettre peut changer, un deuxième prénom peut disparaître ou la terminaison du nom de famille peut être écrite différemment. En Turquie, cette divergence peut passer inaperçue ; l’agent étranger, en revanche, compare le passeport et la décision et se demande s’il s’agit bien de la même personne.
Avant d’envoyer le document, trois informations doivent donc être comparées avec le passeport : l’orthographe exacte du prénom et du nom, la date de naissance et le numéro de passeport ou d’identité. En cas de divergence, deux solutions sont possibles : demander au tribunal une rectification ou joindre un document complémentaire établissant la concordance d’identité, tel qu’une copie du passeport, un extrait d’état civil ou un certificat de mariage. Une demande de rectification plusieurs années après que la décision est devenue définitive étant contraignante, il est préférable d’effectuer ce contrôle pendant que la procédure de divorce est encore pendante. L’article 27 de la loi n° 5490 impose d’ailleurs que les décisions de divorce mentionnent les informations d’identité des parties.
Registre de l’état civil et documents complémentaires
De nombreuses autorités étrangères ne s’intéressent pas réellement à la décision judiciaire elle-même ; elles cherchent simplement à savoir si la personne est célibataire ou divorcée. Dans ce cas, un certificat d’état civil ou un extrait établi au format international obtenu auprès du service de l’état civil est souvent accepté bien plus facilement qu’une décision motivée de dix pages. Ces documents étant de nature administrative, leur apostille est délivrée par la sous-préfecture.
En pratique, il est recommandé de préparer les deux : la copie apostillée de la décision comme document principal et le document d’état civil comme résumé rapide et facilement compréhensible. Le coût total de ces deux documents reste symbolique comparé au coût d’une demande rejetée.
Si le document doit être utilisé dans plusieurs pays
Dans les divorces comportant un élément d’extranéité, le document n’est souvent pas destiné à un seul pays. Par exemple, un ex-conjoint de nationalité ukrainienne résidant au Canada peut ultérieurement devoir présenter le même document en Ukraine dans le cadre d’une succession, d’un remariage ou d’une déclaration patrimoniale. L’Ukraine étant également partie à la Convention de La Haye sur l’apostille, la même copie apostillée y sera valable ; seule une traduction en ukrainien sera nécessaire.
La règle qui en découle est la suivante : préparez le document non pas pour un seul pays, mais en tenant compte de tous les pays dans lesquels il pourrait être utilisé. L’apostille elle-même n’a pas de durée de validité ; une apostille obtenue aujourd’hui reste valable des années plus tard. En revanche, le nombre de copies est limité et de nombreuses institutions ne restituent pas les documents déposés. Obtenir dès le départ trois ou quatre exemplaires est bien moins coûteux que de devoir recommencer les démarches auprès d’un palais de justice en Turquie plusieurs mois plus tard.
Les erreurs les plus fréquentes en pratique
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Présenter la décision à la sous-préfecture | La demande est rejetée et du temps est perdu | Pour un document judiciaire : présidence de la commission de justice |
| Déposer la demande sans mention du caractère définitif | L’apostille n’est pas délivrée | D’abord faire constater le caractère définitif, puis obtenir la copie |
| Faire d’abord traduire puis apostiller | L’apostille reste non traduite et le document est retourné | Traduire le document après l’apposition de l’apostille |
| Ne demander qu’un seul exemplaire | L’institution ne restitue pas le document et il faut recommencer | Prévoir plusieurs exemplaires dès le départ, chacun avec sa propre apostille |
| Se fier à une ancienne liste des États parties | Frais consulaires inutiles ou légalisation incomplète | Vérifier le statut actuel du pays destinataire |
| Faire traduire sans vérifier les exigences de l’autorité destinataire | La traduction peut être refusée et devoir être payée une seconde fois | Vérifier d’abord les exigences de l’autorité destinataire concernant le traducteur |
| Ne pas vérifier l’orthographe du nom | Discordance d’identité et suspension de la demande | Comparer lettre par lettre avec le passeport |
| Se contenter de l’apostille électronique | L’autorité destinataire peut exiger une apostille physique | Préparer à la fois l’e-Apostille et une copie portant une signature manuscrite |
Pourquoi cette procédure devrait-elle être suivie avec un avocat ?
Il est compréhensible de penser qu’un avocat n’est pas nécessaire pour un simple cachet. Mais l’ensemble des éléments exposés ci-dessus montre que l’apostille n’est pas une formalité isolée : elle s’inscrit dans une chaîne reliant le droit procédural, le droit international privé, la législation de l’état civil et la pratique administrative du pays destinataire. Les points où cette chaîne peut se rompre nécessitent eux aussi une qualification juridique.
Déterminer la nature du document relève d’une qualification juridique
La nature judiciaire ou administrative du document est déterminée selon la classification prévue à l’article 1 de la Convention. Dans un même dossier, deux documents peuvent relever de l’autorité judiciaire tandis que deux autres relèvent de la sous-préfecture. Une qualification erronée conduit directement au rejet de la demande.
Calendrier du caractère définitif et de l’enregistrement
La renonciation éventuelle aux voies de recours, la notification de la décision motivée, le déroulement du délai d’appel et la transmission de la décision à l’état civil sont des étapes interdépendantes. Une demande qui ne respecte pas correctement ce calendrier peut aboutir à l’utilisation d’un document juridiquement inutilisable.
Analyse de la législation du pays destinataire
Les règles de traduction d’une administration de l’immigration ne sont pas identiques aux règles procédurales d’un tribunal. Identifier à l’avance ce que l’autorité destinataire exige détermine la manière dont l’ensemble du dossier doit être préparé. Il s’agit d’un travail juridique, et non d’une simple prestation de traduction.
L’obsolescence rapide des informations
L’exemple du Canada l’illustre clairement : une part importante du contenu disponible en turc continue de reproduire des informations antérieures à 2024. La liste des États parties, les autorités compétentes et les pratiques relatives à l’apostille électronique évoluent ; la situation actuelle doit donc être vérifiée auprès de sources officielles.
Conséquences juridiques après l’apostille
Il convient également d’anticiper ce qui se passera après l’envoi du document à l’étranger. Lorsque la décision contient des dispositions relatives à une pension alimentaire, à la garde d’un enfant ou au régime matrimonial, la procédure ne s’achève pas avec l’apostille ; les mécanismes de reconnaissance et d’exequatur entrent en jeu. Pour nos analyses sur ces questions, vous pouvez consulter nos articles consacrés à la reconnaissance des décisions étrangères relatives à la garde des enfants et la validité des décisions de garde conjointe.
Cabinet d’avocats 2M Hukuk
Nous fournissons une assistance juridique dans toute la Turquie, notamment sur les rives asiatique et européenne d’Istanbul, dans les dossiers de divorce comportant un élément d’extranéité, les procédures d’apostille et de légalisation, les actions en reconnaissance et exequatur ainsi que le droit des étrangers. Nous proposons des consultations en présentiel à nos clients situés notamment à Tuzla, Pendik, Kartal, Maltepe, Ataşehir, Ümraniye, Üsküdar, Kadıköy, Beşiktaş, Şişli, Bakırköy, Başakşehir, Gebze et Kocaeli ; pour les demandes provenant d’autres provinces ou de l’étranger, la procédure peut être suivie au moyen d’entretiens en ligne et d’une procuration électronique.
Pour les clients résidant à l’étranger, les démarches peuvent être accomplies au moyen d’une procuration spéciale sans qu’il soit nécessaire de venir en Turquie. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter la page consacrée à notre cabinet.
Questions fréquentes
Faut-il s’adresser au tribunal pour obtenir l’apostille d’une décision de divorce ?
Non. Le tribunal délivre uniquement une copie certifiée portant la mention du caractère définitif. L’autorité qui délivre l’apostille n’est pas le tribunal ayant rendu la décision, mais la présidence de la commission de justice du tribunal judiciaire de première instance située dans un centre où existe une cour d’assises.
Combien de temps faut-il pour obtenir une apostille auprès du palais de justice ?
Il ne s’agit généralement pas d’une procédure achevée le jour même. La présidence de la commission écrit au tribunal ayant rendu la décision afin de vérifier l’authenticité de la signature manuscrite et du sceau ; l’apostille est établie après réception de la réponse du tribunal. Comme la procédure comporte deux échanges officiels, elle peut normalement durer plus d’une semaine. Avec l’e-Apostille, cette correspondance n’étant pas nécessaire, la procédure peut être achevée beaucoup plus rapidement.
L’apostille est-elle payante ?
Aucun droit n’est perçu pour l’apostille elle-même. Les frais concernent principalement les copies, la traduction assermentée et la certification notariale. Une somme modique prévue par le système peut toutefois être applicable aux demandes d’e-Apostille.
L’apostille a-t-elle une durée de validité ?
L’apostille elle-même n’a pas de durée de validité. Toutefois, l’autorité destinataire peut exiger que le document auquel elle est attachée soit récent ; par exemple, pour un extrait d’état civil, de nombreuses institutions exigent un document délivré au cours des six derniers mois. Une telle limite ne s’applique généralement pas aux décisions judiciaires.
Mon ex-conjoint est étranger : doit-il lui-même demander l’apostille ?
Non. L’apostille concerne le document et non l’identité du demandeur. Une copie apostillée obtenue par l’une des parties peut être utilisée telle quelle à l’étranger par l’autre partie. Le système e-Devlet fonctionnant au moyen du numéro d’identité turc, une personne étrangère qui n’en possède pas ne peut pas déposer elle-même une demande par cette voie.
Une légalisation consulaire est-elle nécessaire pour un document destiné au Canada ?
Non. La Convention sur l’apostille étant entrée en vigueur à l’égard du Canada le 11 janvier 2024, une apostille régulièrement délivrée suffit à elle seule. Les sources affirmant qu’une légalisation consulaire reste nécessaire ne sont plus à jour.
Dois-je faire traduire le document en Turquie ?
Cela dépend de l’autorité auprès de laquelle le document sera présenté. Dans les procédures d’immigration, de nombreux pays exigent que la traduction soit effectuée par un traducteur agréé dans leur propre pays ou qu’elle soit accompagnée d’une déclaration sous serment. Devant les tribunaux et certaines autorités administratives, une traduction certifiée par notaire en Turquie est toutefois souvent acceptée.
Les dispositions relatives à la pension alimentaire ou à la garde sont-elles exécutoires à l’étranger avec une apostille ?
Non. L’apostille certifie l’authenticité du document, mais ne rend pas la décision exécutoire. Pour que ces dispositions puissent être exécutées dans l’État destinataire, il faut suivre la procédure prévue par cet État pour l’exequatur des décisions étrangères.
Je réside à l’étranger : dois-je venir en Turquie pour l’apostille ?
Non. La procédure peut être suivie par un avocat au moyen d’une procuration spéciale établie auprès du consulat turc du pays où vous résidez ou devant un notaire local, avec les formalités d’apostille nécessaires. Le système d’e-Apostille a également été mis en place notamment pour répondre à ce type de besoin.
Articles connexes
- Comment introduire une action en divorce ? Documents requis, procédure et erreurs fréquentes
- Les mariages célébrés à l’étranger sont-ils valables en Turquie ? Conditions de déclaration et d’enregistrement
- Comment exécuter en Turquie une décision étrangère relative à la garde d’un enfant ?
- Comment les décisions étrangères relatives à la garde sont-elles reconnues en Turquie ?
- Partage des biens dans le cadre d’un divorce : les dettes sont-elles déduites ?
- Tous nos articles sur le droit des étrangers
Le présent article a été préparé à des fins d’information générale et ne constitue pas un avis juridique concernant un litige particulier. Les pratiques relatives à l’apostille et à la légalisation ainsi que la liste des États parties pouvant évoluer dans le temps, il est recommandé, avant toute démarche, d’obtenir une confirmation à jour auprès de la commission de justice compétente, du gouvernorat ou de la sous-préfecture ainsi que de l’autorité étrangère à laquelle le document sera présenté.

